En 1924, dans une gare de Moose Jaw, en Saskatchewan, le président de la Coca-Cola Company, Robert Woodruff, était étonné. Autour de lui, des gens buvaient du Coca-Cola alors que la température était sous le point de congélation. M. Woodruff savait que les Canadiens aimaient cette boisson, puisque les ventes étaient en croissance partout au Canada, mais il était surpris de voir que les gens buvaient leur Coca-Cola glacé dans ce pays si froid.

Woodruff, qui était devenu président de Coca-Cola l’année précédente, n’était à Moose Jaw que le temps d’un arrêt dans son voyage à travers le pays. Il était venu rencontrer des embouteilleurs et voir comment les affaires se portaient « dans le nord ». Le slogan publicitaire « La soif n’a pas de saison » était utilisé depuis 1921, mais il avait fallu que Robert Woodruff se rende lui-même au Canada pour qu’à Atlanta, on commence à faire plus de publicités hivernales et qu’on annonce      Coca-Cola comme boisson pour toutes les périodes de l’année.

Bientôt, affiches et publicités montraient des skieurs et des patineurs en train de boire un Coca-Cola en plein air. Le slogan devenait encore plus puissant parce que les gens d’Atlanta utilisaient la progression des ventes au Canada pour encourager les embouteilleurs situés dans des climats plus chauds. Lors d’un congrès d’embouteilleurs en 1925, Harrison Jones, vice-président des ventes de Coca-Cola, racontait qu’il s’était trouvé à une patinoire de Winnipeg un jour où le mercure tombait sous zéro, et que cela n’avait pas empêché de vendre 2400 bouteilles de Coca-Cola. L’affaire était entendue : les embouteilleurs des climats chauds n’avaient plus d’excuses pour ne pas vendre Coca-Cola, quel que soit le climat !

Cette évidence, il semble que les embouteilleurs canadiens l’avaient comprise dès le début. En effet, ils avaient rapidement dû s’adapter aux températures froides pour livrer Coca-Cola à travers le vaste paysage canadien. Craignant que la boisson gèle et que les bouteilles éclatent, les embouteilleurs faisaient preuve d’imagination pour préparer les caisses de Coca-Cola à la livraison par temps froid. Certains plaçaient les caisses autour de poêles dans l’usine, de manière à garder la boisson chaude jusqu’à ce qu’elle soit embarquée dans un camion pourvu d’un appareil de chauffage et qu’elle parte pour la livraison. D’autres embouteilleurs payaient la nourriture des chevaux de fermiers locaux durant l’hiver, en échange de quoi ces chevaux tiraient ensuite les traîneaux de livraison lorsque la neige tombait. Peu importe les conditions, les bouteilles de Coca-Cola devaient être livrées !

Les chiffres de vente au Canada ont vite atteint des niveaux historiques. En 1927, l’usine de Montréal avait embouteillé 380 000 litres de Coca-Cola ; trois ans plus tard, elle atteignait presque 2 000 000 de litres ! En 1934, l’usine d’embouteillage de Montréal était le plus grand producteur au monde et elle connut l’un de ses meilleurs mois de vente en décembre. On vit bientôt apparaître des publicités comparant Montréal et La Nouvelle-Orléans, preuve que Coca-Cola se vendait dans tous les climats.

Si Coca-Cola désaltère les Canadiens depuis 120 ans, les Canadiens, de leur côté, démontrent depuis tout ce temps que Coca-Cola peut être désaltérant toute l’année. Les premiers embouteilleurs canadiens comprenaient à l’époque ce que nous tenons aujourd’hui pour acquis : on peut boire Coca-Cola partout et en tout temps, peu importe la saison, le climat ou la température. Oui, vraiment, c’est le Canada qui a montré à Robert Woodruff que la soif n’a pas de saison.

Justine Fletcher est archiviste à la Coca-Cola Company. Elle aide actuellement Coca-Cola Canada à célébrer 120 années à désaltérer les Canadiens dans le cadre du 150e anniversaire du Canada.