Lorsque Robert Woodruff est devenu président de la Coca-Cola Company, il a perçu qu’une occasion se présentait à lui : celle d’amener Coca-Cola au reste du monde. Pour y parvenir, cependant, c’est vers le Canada et les hommes qui dirigeaient l’entreprise canadienne qu’il s’est tourné pour trouver l’inspiration.

Woodruff avait déjà remarqué à plusieurs reprises que les embouteilleurs canadiens savaient se montrer ingénieux et déterminés. Pensons par exemple à cet embouteilleur du Québec qui avait commandité une équipe de traîneau à chiens pour l’édition 1932 de l’Eastern International Dog Sled Derby. Le traîneau était décoré de publicités de Coca-Cola, tandis que le conducteur, Ovide Carrier, buvait du Coca-Cola durant tout l’événement, soulignant ainsi l’idée que la soif n’a pas de saison. Il y avait eu aussi cet embouteilleur d’Oshawa, en Ontario, qui avait eu la brillante idée d’aller vendre son Coca-Cola aux travailleurs de l’usine locale de voitures directement des camions de livraison. Sans oublier le représentant de commerce de Toronto qui avait recouvert les murs de la Canadian National Exhibition de publicités de Coca-Cola, s’assurant que les 900 000 visiteurs ne puissent pas manquer le nom « Coca-Cola » lors de l’événement.

Coca-Cola était clairement bien établie au Canada, et il était maintenant temps pour Woodruff d’y envoyer quelques-uns de ses meilleurs hommes — non seulement pour s’assurer que Coca-Cola continue de connaître du succès, mais pour qu’ils en apprennent le plus possible. En 1926, Eugene Kelly devenait ainsi directeur général de Coca-Cola Canada. Kelly avait travaillé avec Robert Woodruff à la White Motor Company de Cleveland, en Ohio, et Woodruff savait que l’homme était bon vendeur et qu’il savait respecter les règlements et les façons de faire. Avec Kelly à la barre, le Canada est vite devenu une sorte de terrain de formation pour les futurs dirigeants de l’entreprise, ainsi que l’un de ses marchés des plus innovateurs.

John et Lee Talley, deux frères venus de l’Alabama, ont passé leurs jeunes années au sein de l’entreprise canadienne. Lee s’était joint à la compagnie en 1923, l’année où Woodruff était devenu président. Il est plus tard devenu à son tour président de la Coca-Cola Company, puis président du conseil d’administration 1961.

John, de son côté, avait commencé comme vendeur de sirop à Toronto pour devenir ensuite vice-président chez Export Corporation, où il était responsable d’une nouvelle division Coca-Cola au Moyen-Orient. Avec les défis que présentaient les grandes distances et les températures extrêmes du Canada, il est devenu clair que le chemin vers les postes de direction au sein de la compagnie passait par une période d’emploi dans le marché canadien.

Mais l’entreprise canadienne a aussi trouvé certains de ses dirigeants au pays. De nombreux jeunes diplômés se sont joints à la compagnie une fois leurs études terminées. Ralph Sewell fut l’un de ceux-là, un jeune homme ayant commencé sa carrière comme représentant sur la route tout de suite après avoir obtenu son diplôme à l’Université de Toronto. Au fil des ans, Sewell a lentement grimpé les échelons de la compagnie jusqu’à devenir président du bureau canadien en 1958, puis président du conseil d’administration en 1966.

Le Canada a bel et bien démontré qu’il pouvait être un pays de fortune et de promotion pour de nombreuses personnes au sein de Coca-Cola. Il a aussi fait la preuve que Coca-Cola pouvait connaître le succès à l’extérieur des États-Unis.

Justine Fletcher est archiviste à la Coca-Cola Company. Elle aide actuellement Coca-Cola Canada à célébrer 120 années à désaltérer les Canadiens dans le cadre du 150e anniversaire du Canada.